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Par Jean-Maxence Granier  Think-Out  2008-10-24 08:05:00 Bookmark and Share


De la crise et de ses effets sur la planète web
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La crise financière et économique que nous vivons interroge le système même qui préside au développement de notre société largement globalisée et adossée à une économie monde secouée par la tempête. Chacun s’emploie à situer le mal (notons la figure récurrente de la maladie, avec ces actifs « pourris » qui se propagent comme un virus) à tel ou tel niveau de profondeur. Pour les uns, le dysfonctionnement reste localisé malgré ses effets en cascade (disons des crédits hypothécaires distribués dans des conditions éminemment contestables), pour d’autres c’est une crise de la dérégulation du système bancaire, pour d’autres encore c’est l’essence du capitalisme, sous forme financière en tout cas, qui est atteinte, pour d’autres enfin c’est la société de consommation dans son ensemble qui trouve ici comme une limite.

Quel effet cette crise aura-t-elle sur le développement de la société numérique ? Le web a bien sûr connu sa propre crise de croissance, sa bulle venteuse soudain dégonflée et il est vraisemblable que la crise actuelle impactera négativement à court terme son développement, mais ce qu’on a appelé initialement la crise des « subprimes » jouera peut-être un autre rôle sur le devenir du web 2.0.

La crise actuelle a mis en évidence une certaine incapacité à gérer et à prévoir à la fois des États, des institutions financières internationales, des agences de notation et des entreprises financières (banques d’affaires et de détail, hedge funds, etc.), organismes où l’on trouve les cadres et les dirigeants les mieux payés du monde et quelquefois les plus brillants et même quelques prix Nobel. Sans instruire un procès en impéritie des élites, cet état de fait ne peut que souligner que la maîtrise des choses n’est pas toujours entre les mains d’un nombre réduit de décideurs, qui, sans même parler du souci du bien commun, finissent par creuser eux-mêmes le fossé dans lequel ils versent. Au-delà d’une crise de confiance vis-à-vis de ceux qui dirigent et arbitrent le jeu économique, ce constat va renforcer la grande symétrisation du monde portée par le Web, l’aspiration à une horizontalité dont il est le vecteur. On le sait chacun peut aujourd’hui prendre la parole, commenter un article, ouvrir un blog, interpeller directement un politique, constituer une communauté, mettre en ligne une image ou une chanson, voter pour une idée, faire entendre ce qu’il pense sur l’intranet de son entreprise. Il est clair que l’aveu d’impuissance de ceux qui avaient vocation à garantir la circulation de l’argent, et de la confiance qui le sous-tend conduira à renforcer encore la circulation, l’agrégation et la publicisation des idées et des mots produits par tout un chacun.

Là où circulait un flux continu de décisions et d’intérêts, porté d’une bourse à l’autre tout au long de la journée, se trouvent aujourd’hui la défiance, l’absence de liquidités, de fluidité, de circulation. En regard, cet autre espace de circulation, celui non plus de l’argent, mais de l’opinion, se voit renforcé peut-être comme à même de garantir un rééquilibrage entre expertise de quelques-uns et avis de tous, à travers la globalisation d’une chambre d’échos numérique où l’ensemble des acteurs a potentiellement voix au chapitre. La leçon d’humilité que la crise inflige aux décideurs financiers, obligés de faire appel à l’État et aux ressources communes, est de nature à renforcer le web 2.0 dans ses fonctions participatives, comme vaste espace conversationnel d’échange sur lequel chacun se sentira désormais plus légitime ou en tout cas pas moins légitime à évoquer le bien-fondé de la gouvernance économique mondiale.



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Taggé : crise crise financière gouvernance hedge funds subprimes symétrisation web 2.0

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