
Par
Jean-Maxence Granier
Think-Out 2008-10-31 18:07:39

Le Journal Télévisé du 20H : valse des présentateurs ou genre en évolution ?
Moment historique : le mardi 28 octobre, le 20 heures de TF1 est passé sous la barre symbolique des 30% de part de marché (29,7%) tandis que le JT de France 2 faisait lui 22,7%, ce qui ramène l’écart entre les deux chaînes à 7 points. Le mano a mano historique entre les deux principaux journaux télévisés dans lequel la Une avait toujours dominé, sans s’inverser, évolue favorablement pour la chaîne publique.
L’hypothèse d’un effet PPDA est évidemment dans tous les esprits et l’événement démontre qu’il n’est jamais facile de succéder à une figure installée, surtout pour un format au public vieillissant qui repose en partie sur l’habitude pour ne pas dire le rituel. On se souvient en d‘autres temps comme un Philippe Bouvard avait démontré, après en avoir été chassé par un Dechavanne tout fringant, à quel point il était bien le pilier, même chenu, de sa case horaire sur RTL. Paradoxe, c’est désormais David Pujadas qui va bénéficier d’une prime d’ancienneté auprès des téléspectateurs, face à une Laurence Ferrari moins ancienne dans le grade.
Il serait cependant dommage de ne voir dans l’événement que le poids de la figure du journaliste présentateur, même si à l’évidence elle compte. Le format même du JT, indépendamment des chaînes, est en perte de vitesse. Il est à la fois confronté à de nouvelles concurrences comme l’offre de news en ligne ou comme l’information en continu qu’on trouve sur I-télé, BFM ou LCI, et par une tendance plus globale à la déritualisation des pratiques télévisuelles.
Face à cette usure lente, la rédaction du 20H de France 2 a su faire évoluer son modèle et renouveler l’offre informationnelle que constitue le JT pour mieux affirmer sa spécificité, comme le montre une remontée initiée dès avant le changement de visage sur la Une. On notera dans ce sens que lors de cette soirée historique ce n’était pas David Pujadas qui était aux commandes, mais son « joker », Olivier Galzi.
Les deux dernières années ont vu ainsi se mettre en place un travail sur l’espace du plateau et le décor qui ont été dynamisés, élargis, animés, ouverts, pour créer un véritable espace et non plus seulement une lucarne.
La direction de l’information et la rédaction se sont attachées par ailleurs à incarner davantage l’information en donnant plus de place aux journalistes, aux experts, aux invités présents sur le plateau, faisant du journaliste animateur, un meneur de jeu, l’animateur d’un dialogue, et non plus seulement le tenant d’un monologue.
Il y a eu aussi un travail de fond sur les sujets et leurs durées, afin de tourner le JT (qui arrive en fin de journée, alors que chacun connaît plus où moins les faits) vers une dimension plus pédagogique, plus explicative, à travers des dossiers et des sujets plus longs, quitte à faire des choix et à renoncer à une hypothétique exhaustivité des actualités traitées. L’accumulation de sujets d’une minute ou une minute et demie, qui abordent à peine une question sans pourtant être de simples brèves, ne présente clairement plus le même intérêt dans le contexte actuel.
Enfin, le JT s’est doté d’éléments de repérage interne (sommaire par exemple) qui permettent au public d’ « entrer » (comme disent les professionnels) en cours de JT, puisqu’il n’est plus forcément de mise d’être religieusement à l’écoute de cette grand messe dès 20H.
Il est donc intéressant de voir que le 20H, en renouvelant son offre, peut résister à une usure longtemps perçue comme inexorable. On voit aussi comment les médias traditionnels, face à l’apparition du web, doivent en partie se réinventer. Enfin, on constate que, si la question du journaliste présentateur est importante, elle ne constitue pas cependant le tout d’un format réussi.
(Think-Out a accompagné France 2 dans ces évolutions à travers des études sémiotiques et qualitatives qui ont contribué au travail mené par la rédaction et la direction de l’information)
Jean Maxence Granier
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