
Think-Out 2008-09-18 18:50:00

Mais où est donc passée ma feta ?...
N’avez-vous jamais ressenti ce moment d’excitation intime, de fierté contenue, de jubilation intérieure qui précède l’instant où, lors d’un dîner entre amis, vous offrez à vos convives un mets rare dont vous savez par avance qu’il va déclencher l’admiration de tous ainsi que les applaudissements de l’assemblée ?
Personnellement, j’adore épater mes amis par mes talents de cuisinier. D’ailleurs, j’ai une recette qui tue, c’est la salade grecque. Hier soir, me rendant à la supérette pour préparer mon dîner, j’ai pourtant vécu un léger instant de panique devant le rayon des fromages frais. Où était donc passée la feta ?
Je dois à présent vous livrer une information capitale pour l’intérêt de ce billet : la feta est l’ingrédient indispensable pour réussir ma fameuse salade grecque (du reste, je vous fais une fleur, car les vrais secrets de cuisine ne se partagent pas, n’est-ce pas Miss Van De Kamp ?).
Mon désarroi n’a été que de courte durée, rassurez-vous. Un instant déprimé à l’idée de devoir trouver précipitamment une nouvelle idée recette, mon regard a rapidement été attiré par un petit emballage plastifié bleu et rouge, de forme rectangulaire, avec un charmant animal me souriant de façon familière. Je m’écriai : ne serait-ce pas une brebiss ? Mais c’est bien sur, voilà ma feta Salakis. La même qu’avant, simplement amputée du mot « feta ». Quel soulagement… Grâce à Salakis, mon dîner a été un parfait succès, comme toujours.
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Le soir même, j’échangeais mon tablier de cuisinier contre ma casquette de consultant en stratégie de marque. Me revenait alors en mémoire un vague souvenir de reportage au JT : « dorénavant, aucun pays en dehors de la Grèce ne pourra plus apposer sur ses fromages le label “feta” - ainsi en a décidé l’Union européenne ».
Voilà donc la clé du mystère. La marque est un repère sur le marché, c’est ce que nous apprend tout bon manuel de branding management. Salakis en fait la parfaite démonstration : depuis des années, sentant venir le danger et avant que la règlementation européenne ne rentre en vigueur, Salakis n’a eu de cesse que d’installer sa marque comme le référent de sa catégorie. Souvenez-vous. Avant : « Feta Salakis, au bon lait de brebiss ! ». Après (de mémoire) : « Salakis, pour épater vos amiss », ou encore « Salakis, la qualité 100% brebiss ».
Comment dégager le mot « feta » en douceur… avec en prime un petit relifting typographique et l’apparition de ce beau soleil de Grèce qui fleure bon l’huile d’olive.
Encore quelques efforts et Salakis pourra prétendre au statut suprême des marques qui donnent leur nom à une catégorie tout entière. Je m’explique : vous avez tous en mémoire les fameux exemples de Frigidaire (pour réfrigérateur) ou de Bic (pour stylo à bille), il y a d’autres exemples tout aussi drôles à l’étranger : par exemple, nos amis brésiliens, qui ne sont jamais à court d’idées pour jouer avec le langage, disent un Xerox pour une photocopie ou un Gilette pour un rasoir mécanique. Peut-être dirons nous bientôt : « le secret des salades grecques réussies, c’est de ne pas oublier la Salakis ».
Pour finir sur une légère critique, nous pourrions souligner une petite incohérence en termes de rédaction (cf. site de la marque salakis.fr) :
Salakis est parfois utilisé seul en remplacement du mot feta, comme par exemple dans « Salade & Salakis, humm, quel déliss », il est parfois précédé du terme fromage, comme par exemple dans « briks au fromage Salakis ».
Personnellement, j’aurais joué à fond la carte d’une parfaite cohérence sémantique en dégageant définitivement le mot fromage. Mais je pinaille, c’est bien peu de chose comparé au travail effectué.
Merci Salakis pour cette belle réussite, pour cette leçon de marketing et pour ces brillants dîners entre amiss !
François Baradat
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